La mousson asiatique a précédé l’élévation de l’Himalaya

Grâce à l’étude de fossiles birmans et de sédiments chinois, alliée à des modélisations paléoclimatiques, une équipe internationale impliquant principalement des chercheurs du CNRS, de l’Université de Poitiers et de l’UPMC[1] a découvert que le régime de mousson asiatique était déjà en place il y a 40 millions d’années, alors que les massifs tibétain et himalayen étaient bien moins élevés.

Site éocène de Birmanie, prospecté par la mission paléontologique franco-Birmane. © Alexis Licht (2012)

Site éocène de Birmanie, prospecté par la mission paléontologique franco-Birmane. © Alexis Licht (2012)

Ces travaux, coordonnés par Alexis Licht (IPHEP[1] et CRPG[1]), en collaboration étroite avec Géosciences Rennes1 et le LSCE[1], montrent que la mousson asiatique a démarré bien plus tôt qu’on ne pensait, et qu’elle est sensible au moins autant à la concentration atmosphérique globale de CO2 qu’au relief himalayen.

Jusqu’ici, l’origine de la mousson asiatique était attribuée à l’élévation du Tibet et de l’Himalaya, datée de 25 millions d’années. Ce phénomène climatique caractérisé par l'inversion saisonnière des vents et par d'importantes précipitations estivales est en effet amplifié par la chaîne himalayenne et le plateau tibétain. Mais trois faisceaux d’indices viennent bousculer ce consensus. Au pied des contreforts himalayens, en Birmanie, l’analyse de l’oxygène de coquilles de gastéropodes et de dents de mammifères fossiles, âgées de 41 à 34 millions d’années, a révélé que la mousson d’été était déjà très intense à cette époque. A 1800 km au nord, de l’autre côté de la chaîne himalayenne, en Chine, la morphologie et la distribution de sédiments vieux de 40 millions d’années indiquent que soufflaient déjà des tempêtes de poussières caractéristiques de la mousson d’hiver. Enfin, des modélisations paléoclimatiques montrent que le fort taux de CO2 atmosphérique (deux à quatre fois le taux actuel) a été la clé de la forte intensité des moussons d'alors, compensant la faible élévation des massifs.

Ces nouvelles données géologiques suggèrent, en accord avec les prédictions issues des derniers rapports du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), que l'augmentation actuelle du CO2 dans l’atmosphère va probablement intensifier la mousson de manière significative.

Par ailleurs, ces résultats révèlent que les tout premiers primates anthropoïdes, nos plus vieux ancêtres primates, qui vivaient dans la région de Birmanie explorée dans cette étude, habitaient des paysages mixtes de forêts ouvertes et de marécages saisonniers, et non des forêts très denses comme on le pensait jusqu’alors.

Ces travaux ont mobilisé des chercheurs de six laboratoires rattachés au CNRS1, en collaboration avec des collègues des Pays-Bas, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de Belgique, de Chine et de Birmanie.

1 Les six laboratoires français impliqués sont :
  • l’Institut de paléoprimatologie, paléontologie humaine : évolution et paléoenvironnements (IPHEP, CNRS/Université de Poitiers), pour l’étude de terrain en Birmanie ;
  • le Centre de recherches pétrographiques et géochimiques (CRPG, CNRS/Université de Lorraine) et le Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes et environnement (LGL-TPE, CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1/ENS de Lyon) pour les analyses des échantillons ramenés de Birmanie ;
  • le Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE, CNRS/CEA/UVSQ) pour la partie modélisation ;
  • le Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements (CR2P, CNRS/MNHN/UPMC) pour la reconstitution des paléoenvironnements en Birmanie ;
  • Géosciences Rennes (CNRS/Université Rennes 1) pour l’étude de terrain en Chine.

Publié par Dominique Autain

Dernière mise à jour le 18 décembre 2014


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