Addiction aux drogues : la cocaïne produit des cicatrices durables dans le cerveau

L’addiction est une pathologie chronique caractérisée par une perte de contrôle sur la prise de substance et par une forte probabilité de rechute. La nature récidivante de l’addiction a amené les chercheurs à proposer l’hypothèse que la consommation de drogue laisse des « traces » dans le cerveau.

Addiction aux drogues : la cocaine produit des cicatrices durables dans le cerveau

Addiction aux drogues : la cocaine produit des cicatrices durables dans le cerveau

Ces « traces » rendraient les individus particulièrement sensibles aux situations de stress, ainsi qu’aux stimuli environnementaux rappelant la prise de drogue. Mais quelles sont ces traces ? Perdurent-elles même en situation d’abstinence ?

L’équipe INSERM « Neurobiologie et Neuropharmacologie de l’Addition » (LNEC, U1084) en collaboration avec une équipe de l’Université de Tours vient de publier un article dans le journal « Neuropsychopharmacology » qui commence à répondre à ces questions. En effet, en utilisant un modèle animal d’addiction couplé à de l’imagerie cérébrale, les chercheurs poitevins ont pu démontrer que l’addiction à la cocaïne est associée à la dérégulation d’un réseau cérébral complexe incluant des régions corticales et sous-corticales. Si une partie des altérations induites par la drogue disparaissent avec le temps, certaines modifications de l’activité cérébrale perdurent après une période d’abstinence d’au moins un mois chez le rat, ce qui pourrait correspondre à une période de 3-4 ans chez l’Homme. En particulier, les rats présentent des changements de l’activité métabolique dans un réseau cérébral impliqué dans le contrôle inhibiteur, la motivation, les mémoires émotionnelles et contextuelles et la proprioception.

De manière intéressante, ces changements sont en accord avec ce qui a été observé chez l’Homme, c’est à dire, une difficulté à inhiber le comportement de prise et recherche de drogue, une augmentation du désir et de la motivation pour la drogue, une augmentation de sa valeur émotionnelle, et une augmentation des mémoires liées à la prise de drogue (facteurs extérieurs, mais aussi intérieurs). Ainsi, notre modèle animal récapitule les adaptations neurobiologiques qui sont considérées responsables du risque persistant de rechute chez l’Homme. La combinaison des techniques comportementales telles que l’auto-administration intraveineuse de drogue et les techniques de micro-imagerie cérébrale sont donc un outil unique pour étudier les mécanismes de l’addiction dans les modèles animaux et ainsi accélérer la découverte de nouvelles stratégies thérapeutiques qui pourront être transposées chez l’Homme. Ce projet a reçu un financement de la Fondation de la Recherche Médicale (FRM).

Reference
Nicolas C, Tauber C, Lepelletier FX, Chalon S, Belujon P, Galineau L, Solinas M. Longitudinal Changes in Brain Metabolic Activity after Withdrawal from Escalation of Cocaine Self-Administration. Longitudinal Changes in Brain Metabolic Activity after Withdrawal from Escalation of Cocaine Self-Administration. Neuropsychopharmacology. 2017 42(10):1981-1990

Commentaire
Michopoulos V. Enduring scars of cocaine Sci Transl Med. 2017 9(397).
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Publié par Dominique Autain

Dernière mise à jour le 10 octobre 2017


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