La plus ancienne organisation collective et sociale datée de 480 millions d’années a été découverte au Maroc

Des chercheurs de l’Université de Poitiers-CNRS ont contribué au sein d’une équipe internationale à montrer que les animaux ont acquis au cours de l’évolution et depuis 480 millions d’années d’étonnants comportements collectifs voire sociaux indispensables à leur survie.

On peut citer les sauterelles, les fourmis, les abeilles, les chenilles processionnaires, les bancs de poissons, les oiseaux migrateurs ou même les supporteurs d’un match de football un samedi soir. Depuis longtemps les scientifiques ont étudié de près ces comportements de groupe et les facteurs biologiques et environnementaux qui les déclenchent.

Ces comportements sont-ils apparus récemment ou bien ont-ils une origine très ancienne ? C’est l’une des questions posées par notre étude. Bien que l’on connaisse avec de plus en plus de précision l’anatomie des premiers animaux apparus il y a environ un demi-milliard d’années, grâce à l’étude de faunes à préservation exceptionnelle, on ignore pratiquement tout de leur comportement, faute de preuves tangibles. Les traces fossiles sont parmi les meilleurs indicateurs du comportement locomoteur mais, sauf exception, elles ne livrent pas d’information précise sur leurs auteurs.

Un fossile exceptionnel


Le cas présenté ici est tout à fait exceptionnel. Il s’agit d’Ampyx un trilobite de l’Ordovicien inférieur du Maroc (environ 480 Ma) dont les individus, tous orientés vers une même direction forment des files régulières et maintiennent entre eux des contacts étroits via leurs très longs processus épineux. L’analyse de ces associations atypiques et du sédiment qui les renferme montre que ces trilobites ont été ensevelis en position de vie par des dépôts de tempêtes. Tout semble indiquer qu’ils se rassemblaient et se déplaçaient en groupe sur les fonds marins mais pour quelles raisons ? Les animaux actuels nous ont apporté des éléments de réponse. Ainsi, certaines langoustes d’Amérique du Nord, se déplacent en file indienne pour échapper aux perturbations environnementales induites par des tempêtes saisonnières. Elles réagissent à des signaux hydrodynamiques et maintiennent la cohésion du groupe grâce à des contacts tactiles. Chez d’autres espèces, comme les limules, c’est au contraire l’attraction chimique (ex : phéromones) qui provoque la migration et le regroupement de nombreux individus pendant de la saison de reproduction. Les processions d’Ampyx pourrait donc bien correspondre à des comportements collectifs similaires déclenchés par des perturbations environnementales cycliques (ex : tempêtes saisonnières) ou des signaux chimiques liés à la reproduction.



Une organisation collective pour une meilleure survie

Cet exemple indique que le comportement collectif a une origine très ancienne et s’est probablement développé au cours des deux grandes biodiversifications animales du Cambrien et de l’Ordovicien, en réponse à l’augmentation de pression sélective liée à la complexification des écosystèmes. Il a sans doute représenté très tôt, chez les premiers animaux, un avantage évolutif permettant d’échapper au stress environnemental et d’augmenter ses chances de reproduction.



Informations complémentaires

*Bibliographie

J. Vannier, M. Vidal, R. Marchant, K. El Hariri, K. Kouraiss, B. Pittet, A. El Albani*, A. Mazurier, E. Martin. Collective behaviour in 480 million year old trilobite arthropods from Morocco : Scientific Report (Nature Publishing Group).

Publié par Dominique Autain

Dernière mise à jour le 23 octobre 2019


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